Fiscalité, trésorerie, sanctions, conformité, investissements, transition écologique… La Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat du Cameroun (CCIMA) a remis 24 propositions à l’Administration fiscale pour alimenter l’élaboration de la Loi de finances 2027. Une démarche qui entend concilier mobilisation des recettes publiques et compétitivité du secteur privé.
Le secteur privé camerounais veut peser sur les choix fiscaux qui guideront l’exercice 2027. Réunis le 25 août 2026 au siège de la CCIMA à Bonanjo-Douala, les représentants des entreprises et l’Administration fiscale ont renoué avec un exercice désormais bien établi : le dialogue autour de l’avant-projet de Loi de finances. La rencontre s’inscrit dans les consultations conduites par la Direction générale des Impôts auprès des acteurs économiques.
Au cœur des échanges : les 24 propositions de la CCIMA, élaborées à partir des difficultés rencontrées quotidiennement par les entreprises. Elles touchent aussi bien aux procédures et aux sanctions qu’à la trésorerie, à l’investissement, à la fiscalité environnementale et aux spécificités des établissements publics.
Sortir d’une fiscalité vécue comme une contrainte
Le constat dressé par la CCIMA est sans détour. Selon ses enquêtes de conjoncture, 82 % des entreprises considèrent les questions fiscales comme une contrainte importante pour leurs activités. Pour l’institution consulaire, l’enjeu n’est donc pas de remettre en cause la nécessité de l’impôt, mais de rendre son application plus lisible et davantage compatible avec les réalités économiques. « Notre objectif commun doit donc être de faire de l’impôt un instrument de développement, et non un facteur de découragement de l’initiative privée », a déclaré le président de la CCIMA, Christophe Eken.
Cette ambition traverse les différentes propositions formulées pour 2027. La Chambre réclame notamment une fiscalité plus simple, plus lisible, plus prévisible et plus sécurisante, tout en soulignant les difficultés liées à certaines obligations déclaratives, aux contrôles, aux contentieux et aux délais de remboursement des crédits de TVA, qui peuvent affecter directement la trésorerie des entreprises.
Les PME au cœur des préoccupations
Parmi les mesures jugées prioritaires figure la question du Fichier des écritures comptables (FEC). La CCIMA propose une période transitoire de 12 à 18 mois permettant aux PME de se mettre techniquement en conformité, avec un accompagnement de la DGI avant l’application des sanctions les plus lourdes.
L’institution consulaire souhaite également limiter le cumul des sanctions pécuniaires en cas de défaut déclaratif et instaurer une possibilité de remise gracieuse pour certaines premières défaillances ou régularisations rapides.
Autre proposition sensible : revoir l’extension de l’Attestation de conformité fiscale (ACF) aux actes civils de la vie courante. La CCIMA souhaite que son exigibilité systématique soit davantage concentrée sur les opérations économiques et professionnelles.
Préserver la trésorerie et encourager l’investissement
La question de la trésorerie occupe également une place importante dans les recommandations. La CCIMA demande notamment le remboursement des retenues IGS non imputées lorsqu’une entreprise cesse son activité ou sort du régime concerné, afin d’éviter la constitution de crédits fiscaux dormants.
Elle propose aussi de revoir certaines règles qui pénalisent les secteurs fortement capitalistiques, notamment le BTP, le transport et l’agro-industrie, en matière de déductibilité des loyers de biens meubles.
La Chambre s’intéresse par ailleurs aux réalités des activités exercées dans des zones où les paiements électroniques sont encore difficiles. Elle propose ainsi de relever le plafond de déductibilité des charges réglées en espèces, actuellement jugé trop faible pour certains chantiers du BTP, des secteurs forestier et agricole.
Une fiscalité environnementale à rééquilibrer
La fiscalité environnementale figure également dans le paquet de propositions. La CCIMA demande notamment un réexamen du traitement fiscal du ciment et du fer à béton utilisés dans les programmes de logements sociaux et les infrastructures publiques, avec la possibilité d’un tarif réduit ou d’une exonération sous conditions.
Dans une logique prospective, elle suggère aussi d’étudier l’extension progressive de la taxe environnementale aux déchets d’équipements électriques et électroniques, en concertation avec les importateurs et fabricants du secteur.
L’Administration fiscale ouverte au dialogue
Face à ces revendications, l’Administration fiscale se veut à l’écoute. Le Directeur général des Impôts a rappelé que la rencontre intervient dans « un contexte économique et budgétaire particulièrement exigeant ». Il a également insisté sur la position particulière de la CCIMA dans le paysage économique national : « La CCIMA rassemble sous un même toit le Commerce, l’Industrie, les Mines et l’Artisanat. Elle côtoie aussi bien la grande entreprise que l’atelier de quartier, l’exportateur que le commerçant de détail. Elle est présente dans toutes les régions, au plus près. »
Pour le DG des Impôts, cette proximité avec les différentes catégories d’opérateurs économiques fait de la Chambre un interlocuteur privilégié de l’administration. « C’est ce qui fait d’elle un interlocuteur privilégié de l’Administration fiscale, et c’est tout le sens du cadre de dialogue : permettre l’écoute réciproque, identifier les difficultés et rechercher autant que possible les réponses appropriées », a-t-il souligné.
Une approche qui rejoint la philosophie défendue par la CCIMA : faire du dialogue public-privé non pas un simple rendez-vous institutionnel, mais un mécanisme capable de déboucher sur des ajustements concrets.
Un dialogue qui produit déjà des résultats
Pour Christophe Eken, cette démarche doit également s’appuyer sur le suivi des propositions formulées au cours des années précédentes. En 2023, la CCIMA avait soumis 15 propositions pour la Loi de finances 2024, dont huit avaient été retenues. En 2024, sur 18 propositions formulées pour 2025, sept avaient été retenues. Pour 2026, l’analyse de la Chambre fait ressortir six propositions substantiellement prises en compte et cinq autres partiellement, soit 11 sur 22 ayant connu une suite favorable.
Pour la Chambre, ce bilan montre que le dialogue public-privé peut produire des résultats lorsqu’il repose sur des préoccupations concrètes et des propositions documentées.
Avec les 24 recommandations déposées pour 2027, la CCIMA entend donc franchir un nouveau cap : alléger les contraintes qui pèsent sur les entreprises sans fragiliser les recettes de l’État. Une équation délicate, mais déterminante pour soutenir l’investissement, préserver les emplois et renforcer la compétitivité de l’économie camerounaise.




















