À l’occasion de la 27e Journée Africaine de la Technologie et de la Propriété Intellectuelle, l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle met l’accent sur un enjeu qui freine encore le développement des innovations africaines : l’accès au financement. Avec son mécanisme développé avec l’African Guarantee Fund, l’OAPI entend rapprocher propriété intellectuelle, bancabilité et investissement.
Pour les PME innovantes africaines, le problème n’est pas toujours l’idée. Il est souvent dans la capacité à transformer cette idée en projet suffisamment mature et crédible pour accéder aux financements.
C’est sur ce verrou que l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI) a choisi de concentrer la 27e Journée Africaine de la Technologie et de la Propriété Intellectuelle (JATPI), célébrée le 13 septembre 2026. L’organisation, qui couvre 17 États membres, veut notamment faire de la propriété intellectuelle un levier plus concret de valorisation et de financement de l’innovation.
5 milliards de FCFA pour amorcer le financement
En prélude à cette célébration, l’OAPI a organisé le 11 septembre 2026, à Yaoundé, un panel consacré au financement des PME innovantes. Entrepreneurs, incubateurs, spécialistes de la propriété industrielle et acteurs bancaires ont confronté leurs expériences autour d’une même question : comment rendre les projets innovants davantage bancables ? La réponse de l’OAPI passe notamment par le Mécanisme de financement de l’invention et de l’innovation, développé en partenariat avec l’African Guarantee Fund (AGF).
Le dispositif prévoit que l’AGF intervienne comme garant auprès des banques, tandis que l’OAPI prépare les entreprises à recevoir efficacement les financements. L’objectif annoncé est de faciliter l’accès au financement pour 1 000 porteurs de projets innovants sur cinq ans, avec une enveloppe initiale de 5 milliards de FCFA, extensible à 34 milliards de FCFA. L’enjeu est donc de créer un pont entre des innovations souvent difficiles à financer par les circuits classiques et les institutions financières susceptibles de les accompagner.
Du brevet à la bancabilité. Pour l’OAPI, cette démarche suppose de dépasser une conception strictement juridique de la propriété intellectuelle. Les brevets, marques et autres actifs de propriété intellectuelle représentent des richesses économiques, mais restent encore insuffisamment reconnus comme instruments de garantie ou de valorisation financière. Le défi consiste dès lors à mieux intégrer ces actifs dans la chaîne qui conduit de l’innovation au financement.
Le panel de Yaoundé a précisément permis de croiser les regards sur cette chaîne de valeur.
Mariette Bissene Moulongo, coordinatrice de l’Incubateur Technipole de l’École Nationale Supérieure Polytechnique de l’Université de Yaoundé I, a mis en avant le rôle des structures d’incubation dans la maturation du porteur de projet et de son innovation avant la recherche de financement.
Du côté des entrepreneurs, Paul Ghislain Poum Bimbar, fondateur de TOGET TECH, a témoigné de l’apport de l’incubation dans la transformation d’une idée en solution valorisable grâce à la propriété industrielle. Pour Kaje Nzali Virgile, chef du Département PME d’Afriland First Bank Cameroun, le passage par la banque ne peut toutefois se réduire au dépôt d’un business plan. Le porteur doit également avoir suivi un processus lui permettant d’être suffisamment préparé pour gérer le financement sollicité. Cette articulation entre maturation, protection de l’innovation et financement constitue l’un des axes majeurs défendus par l’OAPI.

L’OAPI veut élargir l’écosystème
L’Organisation ne mise pas uniquement sur son mécanisme de financement. Elle cite également un programme consacré aux projets structurants fondés sur la propriété intellectuelle, un système de subventions destiné aux déposants de demandes de brevet ainsi que le Mastère Ingénieur-Brevet, développé avec l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro.
Autre rendez-vous annoncé : la 10e édition du Salon Africain de l’Invention et de l’Entreprise Innovante (SAIIT), prévue du 5 au 7 octobre 2026 à Niamey, au Niger. Le salon sera lui aussi consacré au financement des PME innovantes.
Le directeur général de l’OAPI, Denis L. Bohoussou, résume l’ambition de l’Organisation en des termes clairs : les brevets délivrés doivent pouvoir déboucher sur la création d’entreprises. Or, souligne-t-il, le financement demeure l’un des principaux goulots d’étranglement.
L’OAPI appelle ainsi banques, incubateurs, investisseurs, pouvoirs publics et offices de propriété intellectuelle à renforcer leur collaboration. L’objectif est désormais de faire de la propriété intellectuelle davantage qu’un cadre de protection : un actif capable de renforcer la crédibilité des projets innovants et d’améliorer leur accès aux opportunités de financement.
À travers cette orientation, l’OAPI place donc la question du financement au cœur de sa stratégie de valorisation de l’innovation africaine. Une équation désormais clairement posée : protéger l’innovation, lui donner une valeur économique et créer les conditions de son financement.


















