L’entreprise invoque l’existence d’une trentaine d’autres importateurs agréés et met en avant ses investissements logistiques. Mais la concentration des flux portuaires et les capacités réelles des concurrents relancent le débat sur l’effectivité de la concurrence dans la filière.
CONGELCAM S.A. rejette les accusations de monopole sur le marché camerounais du poisson congelé. Lors d’un point de presse tenu le 15 octobre 2026 à Douala, Joseph Flavien Kankeu, responsable de la communication de l’entreprise, a défendu la position de l’importateur, mettant en avant l’existence d’autres opérateurs agréés et les investissements consentis pour approvisionner le marché national.
Selon l’entreprise, environ 34 opérateurs auraient obtenu des avis techniques d’importation, d’après des déclarations du ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales devant le Parlement. CONGELCAM estime toutefois que l’obtention d’une autorisation ne garantit pas la capacité financière, logistique et commerciale d’importer effectivement des volumes significatifs.
L’argument soulève une question centrale : combien de ces opérateurs approvisionnent réellement le marché, et dans quelles proportions ? Car le nombre d’importateurs agréés ne suffit pas à mesurer l’intensité de la concurrence.
Des flux portuaires fortement concentrés
Les données publiées par EcoMatin illustrent le poids de CONGELCAM dans les importations de poisson recensées au port de Kribi. En 2025, sur 46 944,3 tonnes enregistrées, 45 884,8 tonnes étaient attribuées à l’entreprise, soit près de 98 % du volume recensé sur cette plateforme.
À Douala, les volumes de poisson congelé recensés au premier trimestre 2026 sont passés de 45 246 tonnes à 18 529 tonnes par rapport à la même période de 2025, une baisse de 59,1 %. Cette évolution intervient dans un contexte de réorganisation des circuits d’approvisionnement après le différend portuaire de 2023.
Ces chiffres témoignent d’une forte concentration des flux à Kribi, mais ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à un monopole sur l’ensemble du marché national. Une telle appréciation nécessiterait de consolider les importations de tous les ports et de mesurer les parts de marché de chaque opérateur.

Des investissements importants, mais une concurrence à mesurer
CONGELCAM explique sa position par les moyens déployés dans la filière. L’entreprise annonce une capacité de stockage de 104 000 tonnes à Douala et prévoit un entrepôt supplémentaire de 10 000 tonnes à Kribi.
L’importation de poisson congelé exige en effet des ressources financières importantes pour acheter les marchandises, organiser leur transport maritime, assurer la conservation frigorifique et financer les stocks avant leur commercialisation. Ces contraintes peuvent limiter la capacité de certains opérateurs à exploiter pleinement leurs autorisations.
Cependant, les investissements de CONGELCAM ne suffisent pas à démontrer que la concurrence fonctionne de manière satisfaisante. Il faudrait également connaître les capacités des entreprises concurrentes, leurs volumes d’importation effectifs et leurs conditions d’accès aux infrastructures et au financement.
Quotas et fiscalité : des règles à clarifier
Le débat porte aussi sur les conditions administratives et douanières. CONGELCAM affirme que certains concurrents bénéficieraient de réductions de droits de douane de l’ordre de 25 à 30 %, sans disposer des mêmes avantages. L’entreprise demande une clarification des critères d’attribution et une application transparente des règles.
Elle conteste également les montants de droits de douane communiqués publiquement. Pour 2025, elle affirme avoir versé 24 milliards de FCFA, contre 14 milliards annoncés lors d’une cérémonie de récompense des importateurs. Pour 2024, elle déclare avoir payé 18 milliards de FCFA.
Ces chiffres, avancés par l’entreprise, nécessitent une vérification auprès des administrations concernées. Une comparaison rigoureuse des régimes fiscaux et douaniers permettrait de déterminer si les opérateurs sont soumis à des conditions équivalentes.
La question des quotas constitue un autre point de tension. CONGELCAM indique que son autorisation d’importation est passée de 200 000 tonnes en 2025 à 100 000 tonnes en 2026, avant l’octroi de 30 000 tonnes supplémentaires. Elle juge ce volume insuffisant au regard de ses besoins et de la demande nationale.
L’incidence de cette réduction sur le marché dépendra toutefois de la capacité des autres importateurs à compenser les volumes manquants. Les données sur les quotas attribués et les quantités réellement importées seront donc déterminantes.
Une concurrence effective au bénéfice du consommateur
La structure du marché du poisson congelé dépasse les intérêts des entreprises. Elle concerne la régularité de l’approvisionnement, les prix pratiqués et la capacité des distributeurs à répondre à la demande des ménages.
Une diversification effective des importateurs pourrait réduire la dépendance à l’égard d’un nombre limité d’acteurs. À l’inverse, une forte concentration des approvisionnements peut rendre le marché plus vulnérable aux difficultés logistiques, financières ou administratives rencontrées par les principaux opérateurs.
En contestant les accusations de monopole, CONGELCAM demande que sa position soit appréciée au regard de ses investissements et des volumes qu’elle met à disposition des consommateurs. Mais l’existence d’une trentaine d’autres importateurs agréés ne suffit pas, à elle seule, à établir que la concurrence est effective.
Le véritable enjeu est désormais de disposer de données consolidées sur les parts de marché, les volumes réellement importés et les conditions d’accès à la filière. Ces indicateurs permettraient d’évaluer objectivement le degré de concentration du secteur et de déterminer si les règles favorisent une concurrence équitable, au bénéfice de l’approvisionnement national et des consommateurs.


















