La réforme du Cameroon Business Forum, examinée le 23 octobre 2026 à Douala sous la conduite du ministre des Finances, Louis Paul Motaze, vise à rendre la concertation entre l’État et les entreprises plus permanente et plus efficace. Au-delà de la réorganisation institutionnelle, l’enjeu économique est de réduire les contraintes qui pèsent sur l’activité productive, de stimuler l’investissement privé et de renforcer la compétitivité de l’économie camerounaise.
Le Cameroun veut donner une nouvelle dimension à son dialogue avec le secteur privé. À Douala, le 23 octobre 2026, les discussions engagées autour de la réforme du Cameroon Business Forum (CBF) ont mis en évidence une priorité économique : transformer les échanges entre l’administration et les entreprises en un mécanisme capable de contribuer plus directement à la levée des obstacles à l’investissement et au développement des activités productives.
Sous la conduite du ministre des Finances, Louis Paul Motaze, l’atelier consacré aux axes de réforme du dispositif a réuni des représentants des pouvoirs publics, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers. L’objectif affiché est de restructurer le CBF pour en faire un cadre permanent, inclusif et efficace de concertation.
Derrière cette ambition institutionnelle se pose une question essentielle pour l’économie camerounaise : comment faire en sorte que les difficultés exprimées par les entreprises débouchent sur des décisions administratives et réglementaires susceptibles d’améliorer concrètement leurs conditions d’activité ?
Pour les opérateurs économiques, la qualité de l’environnement des affaires ne relève pas uniquement de la réglementation. Elle influence également les délais de réalisation des projets, la prévisibilité des décisions publiques, les coûts de conformité et la capacité des entreprises à mobiliser des ressources pour investir. Lorsque les contraintes administratives ou les incertitudes réglementaires compliquent l’exécution des projets, elles peuvent retarder les investissements et réduire la capacité des entreprises à créer de la valeur.
La réforme du CBF entend donc renforcer un canal de concertation dont la pertinence économique dépendra de sa capacité à contribuer à la résolution de ces difficultés.
De la concertation à la réduction des coûts économiques
L’une des principales orientations discutées à Douala concerne la mise en place d’un mécanisme régulier de suivi des recommandations. Les participants souhaitent que les engagements pris soient associés à des responsabilités clairement établies, à des échéances précises et à des indicateurs permettant d’évaluer les résultats.
Cette évolution répond à un enjeu de gouvernance économique. Le dialogue public-privé ne produit pleinement ses effets que lorsque les préoccupations exprimées sont hiérarchisées, confiées aux administrations compétentes et suivies jusqu’à leur résolution ou à la clarification des mesures à prendre.
Pour les entreprises, l’intérêt d’un tel dispositif est potentiellement important. Une meilleure coordination entre les administrations et les acteurs économiques peut contribuer à réduire les délais de traitement des dossiers, à améliorer la lisibilité des procédures et à limiter les incertitudes qui entourent certaines décisions. Ces améliorations, lorsqu’elles sont effectivement réalisées, peuvent libérer des ressources jusque-là mobilisées pour gérer les contraintes administratives et permettre aux entreprises de les consacrer davantage à la production, à la modernisation ou à l’expansion de leurs activités.
L’enjeu est également celui de la prévisibilité. Dans les décisions d’investissement, les entreprises évaluent non seulement les débouchés commerciaux et les coûts de financement, mais aussi la stabilité des règles applicables et la capacité à mener un projet dans des conditions suffisamment claires. Un dialogue institutionnalisé peut contribuer à mieux anticiper les difficultés et à prévenir certains blocages.
Il ne saurait toutefois se substituer aux réformes réglementaires, à l’amélioration des infrastructures ou à l’accès au financement. Son efficacité dépendra de sa capacité à identifier les contraintes relevant réellement de la décision publique et à favoriser leur traitement dans des délais raisonnables.
PME et entrepreneuriat féminin : élargir la base productive
La volonté d’assurer une représentation plus inclusive, notamment celle des petites et moyennes entreprises (PME) et des femmes entrepreneures, constitue un autre volet important de la réforme.
Les grandes entreprises disposent généralement de moyens plus importants pour suivre les évolutions réglementaires, mobiliser des conseils spécialisés et dialoguer avec les administrations. Les PME, en revanche, peuvent être davantage affectées par les coûts de conformité, les délais administratifs et les difficultés d’accès à l’information. Une concertation qui reflète insuffisamment leurs préoccupations risque donc de passer à côté d’une partie des contraintes qui pèsent sur le tissu productif.
L’intégration plus systématique de ces entreprises dans le CBF pourrait permettre de mieux documenter leurs difficultés et de faire émerger des propositions adaptées à leur taille et à leurs capacités opérationnelles.
La même logique vaut pour les femmes entrepreneures, dont la participation aux mécanismes de concertation peut contribuer à une meilleure prise en compte des besoins des entreprises qu’elles dirigent. L’enjeu économique est de permettre à un éventail plus large d’acteurs de contribuer à la création de valeur, à l’emploi et à la diversification de la production nationale.
L’inclusivité ne devra cependant pas se limiter à la présence de représentants autour de la table. Elle devra se traduire par une capacité réelle à inscrire les préoccupations exprimées dans les priorités de travail et à suivre les réponses qui leur sont apportées.
Attractivité des investissements : la crédibilité se construit dans l’exécution
Pour le Cameroun, l’amélioration du climat des affaires participe à un objectif plus large : renforcer l’attractivité de l’économie et soutenir une croissance davantage portée par l’investissement productif.
La prévisibilité des décisions publiques, la qualité de la réglementation et l’efficacité des procédures contribuent à l’évaluation des risques par les investisseurs. Un dispositif de dialogue mieux structuré peut ainsi favoriser une meilleure compréhension des contraintes rencontrées par les entreprises et faciliter l’identification des réformes susceptibles d’améliorer leur environnement d’activité.
Mais la création d’un cadre permanent ne garantit pas, à elle seule, une augmentation des investissements. Les décisions des entreprises restent également tributaires des conditions de financement, de la demande, de la disponibilité des infrastructures, des coûts logistiques et des perspectives de rentabilité.
C’est pourquoi la réforme devra être appréciée à partir de résultats observables plutôt qu’au seul regard de son architecture institutionnelle. Le nombre de recommandations traitées, le respect des échéances, les délais de résolution des difficultés identifiées et l’évolution des contraintes signalées par les entreprises pourraient notamment servir à mesurer les progrès accomplis.
La mobilisation des partenaires techniques et financiers, également préconisée lors de l’atelier, pourrait contribuer à cet effort, notamment par l’apport d’expertise et l’accompagnement de la mise en œuvre des réformes.
SND30 : l’exigence de résultats mesurables
La réforme du Cameroon Business Forum s’inscrit dans les ambitions de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). La qualité du dialogue entre l’État et les entreprises peut contribuer à la réalisation de ces ambitions en facilitant l’identification des contraintes qui freinent l’investissement et le développement du secteur productif.
Toutefois, le passage à un dispositif plus permanent et plus inclusif soulève encore plusieurs questions. Les participants à l’atelier ont convenu de poursuivre les réflexions sur l’architecture institutionnelle du futur mécanisme, sa représentativité, son fonctionnement et son financement. Les modalités précises de mise en œuvre restent donc à consolider.
Le financement du dispositif constituera notamment un enjeu de pérennité. Un mécanisme de concertation ne peut produire des résultats durables sans des moyens adaptés pour organiser les échanges, documenter les recommandations, coordonner les administrations concernées et publier les avancées réalisées.
La clarification des responsabilités sera tout aussi déterminante. Pour éviter que les recommandations ne restent au stade des intentions, chaque mesure prioritaire devra pouvoir être rattachée à un responsable, à un calendrier et à un résultat attendu.
Au-delà de la réforme du CBF, c’est donc la capacité de l’action publique à répondre aux besoins de l’économie productive qui se trouve au centre du débat.
Pour le Cameroun, la réussite de cette initiative se mesurera finalement à ses effets sur les conditions d’exercice des entreprises, la fluidité des investissements et la confiance entre les pouvoirs publics et les opérateurs économiques. Le véritable test sera de démontrer que le dialogue public-privé peut déboucher sur des réformes exécutées, des contraintes effectivement levées et un environnement plus favorable à la création de valeur.
L’enjeu n’est plus seulement de mieux dialoguer, mais de convertir ce dialogue en gains de compétitivité pour l’économie camerounaise.


















