Malgré une reprise attendue en 2026, l’économie camerounaise reste confrontée à des finances publiques sous tension, à un risque élevé de surendettement et à des difficultés structurelles qui pèsent sur les entreprises et l’investissement.
La croissance repart, mais les fragilités persistent. Au Cameroun, les perspectives économiques pour 2026 restent marquées par un équilibre délicat entre les ambitions de développement de l’État, les contraintes budgétaires et les besoins de financement des entreprises. Dans son évaluation publiée en mars 2026, le Fonds monétaire international (FMI) souligne les défis auxquels le pays reste confronté pour consolider sa croissance et préserver la stabilité de ses finances publiques.
Selon les données présentées par l’institution, la croissance économique est passée de 3,5 % en 2024 à 3,1 % en 2025. Pour 2026, le FMI prévoit une remontée à 3,3 %. Une amélioration qui reste modérée au regard des besoins du pays en infrastructures, en emplois et en investissements productifs.
L’institution anticipe également un recul de l’inflation moyenne, de 3,4 % en 2025 à 2,9 % en 2026. Mais ces perspectives demeurent exposées aux incertitudes internationales, à la volatilité des cours des matières premières, aux conditions de financement et aux risques sécuritaires et climatiques.
Des recettes insuffisantes, des dépenses sous pression
Au-delà de la croissance, le FMI pointe les difficultés de gestion des finances publiques. En 2025, le déficit primaire hors pétrole est estimé à 2,6 % du produit intérieur brut (PIB), contre un objectif de 1,4 %. Cet écart s’explique notamment par des recettes non pétrolières inférieures aux prévisions et des dépassements de dépenses courantes.
Cette situation réduit les marges de manœuvre de l’État au moment où les besoins de financement des infrastructures et des services sociaux restent importants. Pour améliorer l’équilibre budgétaire, le FMI préconise une mobilisation accrue des recettes intérieures et un contrôle plus rigoureux des dépenses.
L’enjeu est de dégager des ressources supplémentaires sans compromettre les investissements nécessaires à la croissance. Une équation délicate, alors que les autorités doivent simultanément financer le développement, honorer leurs engagements financiers et limiter l’accumulation de nouveaux déséquilibres.
La dette, une vulnérabilité persistante
Le niveau d’endettement reste un autre point de vigilance. Dans son analyse de soutenabilité, le FMI classe le Cameroun parmi les pays présentant un risque élevé de surendettement. Ce diagnostic ne signifie pas que le pays se trouve en situation de défaut de paiement, mais souligne son exposition aux difficultés de financement et aux tensions sur les liquidités.
Le ratio de la dette publique rapportée au PIB, estimé à un peu plus de 40 % à la fin de 2025 dans l’analyse du Fonds, ne suffit pas à apprécier cette vulnérabilité. La capacité de l’État à mobiliser des recettes, à rembourser les échéances et à refinancer ses engagements est tout aussi déterminante.
Dans un environnement financier plus contraignant, le service de la dette peut absorber une part importante des ressources publiques et limiter les sommes disponibles pour les infrastructures, la santé, l’éducation ou les projets productifs. Le FMI recommande notamment de renforcer la gestion de la dette et de privilégier, lorsque cela est possible, les financements concessionnels, généralement assortis de conditions plus favorables.
Les entreprises pénalisées par les faiblesses structurelles
Les difficultés d’exécution des investissements publics ont également des répercussions sur le secteur privé. Lorsque les infrastructures nécessaires à l’activité économique tardent à être réalisées, les entreprises en supportent une partie du coût.
Les insuffisances routières peuvent allonger les délais de livraison et renchérir le transport des marchandises. Les difficultés d’approvisionnement en électricité obligent certaines structures à recourir à des solutions énergétiques alternatives, avec des dépenses supplémentaires. Ces contraintes pèsent sur les marges, réduisent la compétitivité et peuvent conduire les entreprises à reporter leurs projets d’expansion.
Les tensions de trésorerie constituent un autre risque, notamment lorsque des entreprises dépendantes des marchés publics attendent le règlement de prestations réalisées pour l’État. Des paiements tardifs peuvent compliquer le paiement des fournisseurs, des salaires et des échéances bancaires, tout en limitant les possibilités de recrutement.
Ces difficultés peuvent ainsi se répercuter sur l’ensemble de l’économie : investissements privés retardés, créations d’emplois limitées et progression moins rapide de l’activité. Pour le FMI, une meilleure planification et une exécution plus efficace des investissements publics sont donc essentielles pour renforcer les effets de la dépense publique sur la croissance.
Après le programme de 2025, quelles perspectives ?
Le précédent programme économique soutenu par le FMI s’est achevé en juillet 2025. La mission menée au Cameroun du 29 janvier au 12 février 2026 s’inscrivait dans le cadre de la consultation annuelle au titre de l’article IV, consacrée à l’évaluation de la situation économique et des politiques publiques.
Cette consultation ne constitue pas, en elle-même, l’annonce d’un nouveau financement. Elle permet au Fonds d’examiner les risques économiques et de formuler des recommandations aux autorités.
Parmi les priorités figurent l’élargissement des recettes non pétrolières, le renforcement de la transparence budgétaire, une meilleure maîtrise des dépenses et l’amélioration de la gestion des investissements publics. Le FMI préconise également des réformes destinées à faciliter le financement des entreprises et à améliorer l’environnement des affaires.
À moyen terme, l’institution envisage une progression de la croissance qui pourrait atteindre 4,6 % à l’horizon 2031, notamment grâce aux investissements miniers et énergétiques. Cette perspective dépendra toutefois de la réalisation des projets structurants et de la capacité du pays à lever les obstacles qui freinent l’investissement privé.
Pour le Cameroun, le défi est désormais de transformer la stabilité macroéconomique en résultats concrets : davantage d’emplois, des infrastructures performantes et une amélioration des conditions de vie. La maîtrise de la dette, l’élargissement des recettes publiques et l’efficacité de la dépense seront déterminants pour rapprocher les ambitions de développement des réalités économiques.





















